de la vie de pensionnat

Madame de Saint-Laurent à sa fille

1756

Tu dis bien, mon enfant, je n'exige pas de toi un respect qui tient moins de l'amour filial que de la crainte, et qui est presque toujours mis en place des sentiments que l'on doit à une bonne maman. C'est de l'amitié, c'est de la confiance, ma chère fille, que j'exige de toi. Tu me la dois à toutes sortes de titres. Ne me la refuse pas, et compte que je suis la meilleure de tes amies. Je t'aime pour l'amour de toi, pour l'amour de ton père et pour l'amour de mio. Vois combien tu m'es chère, et combien tu serais ingrate si tu ne m'aimais pas... Je trouve fort bien que tu m'écrives sur un petit morceau de papier, mais je veux que vous me parliez de vos maîtres, et que vous me disiez naturellement, comme à votre confesseur : "J'ai été bien exacte à tous mes devoirs cette semaine. J'ai bien étudié mon clavecin, j'ai dansé de bonne grâce; j'ai étudié ma mmusique, je donne tous les jours un quart d'heure à l'étude de la géographie et une demi-heure à la lecture", ou bien que tu me dises naturellement : "J'ai été paresseuse cette semaine; je n'ai guère valu."

Voilà, ma chère fille, les lettres qui me feraient plaisir de recevoir de vous. Toutes celles que vous m'avez écrites jusqu'à présent sont du style de six ou sept ans.  Vous êtes trop grande et trop raisonnable, même trop spirituelle, pour vous borner à me demander de mes nouvelles et à m'assurer que vous êtes avec respect... Ce style-là est trop sérieux et trop contraire au sentiment que j'ai pour vous. Je vous le défends. Quelqu'un me mande que vous avez quitté le clavecin depuis un mois. Vous ne m'n avez rien dit; répondez-moi positivement là-dessus. Faites-vous faire un corps par mon tailleur, et dites-lui qu'il attende six semaines pour en être payé. Son nom est Givret, maître tailleur pour les dames, demeurant rue Saint-Honoré, au coin de la rue Saint-Nicaise. Priez Mme Sarant de voir si votre corps est bien fait, et ne le prenez que dans le cas qu'elle l'approuvera. Vous avez l'adresse du cordonnier; si vous en avez besoin, faites-vous-en faire et mandez-le-moi. Je vous ai déjà mandé d'envoyer chercher Jeanneton pour raccommoder votre robe d'indienne. Attendez que votre corps soit fait; faites raccommoder votre linge, et soyez propre et rangée. Ce qui sera usé ou trop court, faites-en un paquet et gardez-le jusqu'à ce que je vous dise de me l'envoyer. Je suis fâchée, mon enfant, de vous savoir sans un sol; j'en ai bien à votre service mais les occasions me manquent pour vous en envoyer... M.Balbâtre m'a mandé que, si vous vouliez étudier, vous feriez de grands progrès au clavecin. An nom de Dieu et de l'amitié que j'ai pour vous, ne négligez pas de vous procurer ce talent-là; c'est un des plus grands plaisirs que vous puissiez me faire. Vous doit-il tant coûter de vous appliquer à quelque chose qui me ferait tant de plaisir et qui peut faire le bonheur de votre vie ?

Je t'embrasse de tout mon coeur.

De l'usage du tutoiement et du vouvoiement

En début et fin de lettre Mme de St Laurent tutoie sa fille et fait usage du vouvoiement dans le corps du texte. Ici c'est la marque mêlée de la tendresse maternelle et de la réprimande.

Les règles du vouvoiement dans la noblesse s'imposent petit à petit au 17ème siècle sour le règne de Louis XIV en écho à la 3ème personne de "Sa Majesté";  Le tutoiement étant réservé à l'intention des serviteurs et du peuple en général. Ces usages s'étendent jusqu'au 19ème siècle à la grande puis la petite bourgeoisie.  Le vous et le tu cohabitent encore intimement sans aucune intention particulière.

Jusqu'au milieu du 20ème siècle de nombreux couples se vouvoyaient  à l'image de mes grands-parents pourtant simples artisans-commerçants et les enfants vouvoyaient leurs ainés Mais aujourd'hui le tutoiement s'impose par imitation anglo-saxonne mais savons-nous exprimer comme nos voisins le respect ou la distance nécessaire ? Sous couvert de convivialité entre collègues, ne nous y trompons pas le tutoiement est un moyen de vous museler, de vous arracher quelques heures de travail ingrat sans un merci de la part de votre copain-supérieur.   [....]

l'abbaye de Penthemont - Paris

mercredi 1er avril 2009

 

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Dernière mise à jour de cette page le 01/04/2009

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