LE CAHIER DE CENDRILLON
III
Quand j'avais quinze ans, je ne comprenais pas du tout la nécessité de m'occuper des soins du ménage, d'enlever la poussière dans le salon et ailleurs. Nous avions deux bonnes, n'était-ce pas plus que suffisant pour satisfaire à tous les besoins ?
Je m'acquittais donc de ma tâche avec un empressement fort relatif et une mauvaise humeur tout à fait évidente.
Un matin, ma mère - qui voyait tout sans avoir l'air de regarder rien - me dit :
- Tu ne parais pas très enchantée du rôle de ménagère, ma mignonne...
- Oh ! ma mère, c'est tellement au-dssous de moi.
- Au-dessous de toi ! fit ma mère avec un bon sourire. Je ne comprends pas ce que tu entends par là.
- Je veux dire que c'est besogne de domestique et non pas de...
- Mon enfant, les domestiques ne font pas nécessairement partie de l'organisation de l'intérieur et les soins du ménage peuvent incomber à toutes les femmes, quelle que soit d'abord leur situation de fortune. Mais il est pour une jeune fille une autre raison que celle-là de s'y adonner avec plaisir. Une bonne ne verra sur les étagères que des bibelots et des petits pots. Elle maniera sans précaution ces objets sans grande valeur intrinsèque et qui ne sont précieux que par le souvenir. Tu n'agiras pas de même, et il est plus que probable que ton attention préservera d'accidents regrettables ces témoins d'heures heureuses qu'une somme d'argent, dépassant de beaucoup leur prix ne pourrait remplacer.
Je vis un jour toute une famille attristée par une maladresse de ce genre. Une domestique avait brisé un buste de plâtre sans rien d'artistique et qui ne valait certes pas vingt-cinq centimes. Mais il représentait l'aïeule, la chère disparue, et de plus il était l'oeuvre du jeune frère qui l'avait moulé, un soir, un de ses derniers soirs de veillée familiale, avant de partir pour le Borda 1, d'où il n'était pas revenu. La mort l'avait pris là en pleine jeunesse, en pleine espérance de brillant avenir. Si la jeune fille s'était chargée des menus soins que tu dédaignes, pareil malheur ne fût pas arrivé.
Enfin, crois-tu que ton père ne serait pas très satisfait de voir respecter le désordre de son bureau qui n'est pas toujours "un peu de l'art". Notre bonne Catherine aligne soigneusement les papiers par rang de taille, sans souci de ce qu'ils contiennent, et il faut ensuite beaucoup de temps et quelque peine pour retrouver des notes précieuses. Tu saurais bien, toi, ma fillette, enlever la poussière, sans rien déranger, mettre une note claire et gaie dans cette sévère ordonnance, une branchette fleurie, un bouquet de violettes cueillies dans le jardin avant que le soleil ait séché la rosée. Ce rien dirait au père que, dès le petit matin, sa grande fille a pensé à lui, et tout le jour il aurait, en regardant tes fleurs, un sourire attendri.
un peu plus tard, je fus bien récompensée.
- Je suis content, ma grande, me dit mon père à qui je portais son courrier. Depuis que tu es ici, Catherine ne bouleverse plus ma table de travail et je fais deux fois plus d'ouvrage avec infiniment moins de peine.
J'eux à l'adresse de ma mère un regard reconnaissant et heureux. Elle y répondit par un sourire.
Cendrillon
page du site très intéressant de José Chapalain.
trois navires écoles de l'école navale ont porté ce nom page sur l'école navale (site généalogique des Parseval)
l'exCommerce de Paris (1840/1864)
l'ex Valmy (1864/1890)
l'ex Intrépide (1890/1913)
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