Chronique - Madame Maria Deraismes

On a, depuis quelques jours, de mauvaises nouvelles de Madame Maria Deraismes. Le chroniqueur a le choix des sujets, mais il n'a pas celui des circonstances, et j'aurais voulu trouver une meilleure occasion pour parler de cette vaillante femme, qui a si virilement lutté pour toutes les causes qu'elle croyait justes.

Depuis 1848, la question de l'émancipation de la femme n'a pas seulement préoccupé les penseurs et les philosophes. Eugénie Niboyet, Jeanne Derains, Pauline Rolland, Jenny d'Héricourt, sont descendues bravement dans l'arène, et, plus d'une fois, il a fallu compter avec l'éloquence de leur plume ou de leur parole.

Madame Maria Deraismes a été l'amie de Jenny d'Héricourt qui se servit d'une si puissance dialectique pour réfuter Proud'hon et qui consacra à l'affranchissemnt de la femme un livre qui restera, et c'est à ce généreux esprit qu'elle doit l'initiation de son apostolat.

Elles sont nombreuses aujourd'hui les femmes qui ne reculent pas devant la tribune et qui en profitent pour entonner la litanie des revendications sociales, mais, il faut bien l'avouer, la plupart d'entre elles n'ont pour bagage que esl llieux c ommuns des réunions publiques.

Tous ceux qui ont eu la bonne fortune d'entendre ou de lire Madame Maria Deraismes, ne confondront pas cette âme vibrante avec ces politiciennes d'occasion, plus éprises d'une notoriété malsaine que d'un succès moral.

Un philosophe de l'antiquité définissait l'orateur un honnête homme qui parle bien, et un de nos sages, Vauvenargues, déclarait que toutes les grandes pensées viennent du coeur. Tous les discours et toutes les conférences de Madame Maria  Deraismes ont rappelé ces paroles profondes, et il suffisait d'un peu de clairvoyance pour lire la sincérité dans son verbe et dans ses yeux. Elle avait une voix claire et pénétrante, le geste sobre et opportun, le trait spirituel ou mordant, et avec toutes ces qualités dont se contenterait un représentant du peuple, une langue pure et imagée qui aurait fait pleurer d'envie un simple rhéteur.

Assoiffée de liberté, dans le sens juste et fort du mot, Madame Maria Deraismes, qui eut le redoutable honneur de parler aux côtés de Victor Schoelcher et de Louis Blanc, comprit de bonne heure qu'on ne pouvait toucher aux questions si hautes qui l'attiraient invinciblement sans avoir fait de sérieuses études personnelles. Elle apprit seule le latin et le grec, étudia les oeuvres maîtresses des grands esprits de tous les temps et de toutes les nations, sondant ainsi tout le champ littéraire et philosophique pour y découvrir le germe fécond des sciences morales et des vérités éternelles.

Entre temps, elle fit des sciences, du théâtre, de la peinture, de la musique, et tout cela pour affirmer l'universalité de l'intelligence féminine à laquelle on aurait tort du fixer des limites devant ces brillants résultats qu'on enregistre chaque jour, même en pleine Sorbonne. N'avons-nous pas vu, hier encore, une jeune fille enlever son doctorat es-sciences, avec une magnifique thèse sur une question de mécanique céleste ? Désormais, pour explorer le ciel, il n'est plus nécessaire de n'avoir pas de cheveux et d'être de l'Institut.

 Je n'ai pas à m'occuper ici du rôle politique de Madame Maria Deraismes, de la propagande fiévreuse qu'elle a faite pour le triomphe de ses convictions, ni enfin de son idéal social, qui n'est peut-être pas le mien; mais je dois m'incliner devant cette personnalité si fière qui a pris part à toutes les luttes de la pensée avec un indomptable courage, et qui a ennobli la tribune par le désintéressement de sa parole et la générosité de ses théories.

Elle a eu pour le mal, dont elle pense que l'humanité souffre, leshaines vigoureuses d'Alceste, et elle a poursuivi de ses sarcasmes et de ses huées tout ce qui lui a paru, sur son chemin, inique, misérable et vil.

Un jour, il lui a semblé que deux maîtres du théâtre, - à quoi bon les nommer ? - déshonoraient la femme pour amuser leur public, et elle les a plaints, trop haut pour que cette pitié ne fût pas importune, de ne pas connaître des foyers nobles, probes et sains.

Une autre fois, elle s'est lassée d'entendre faire à tous les carrefours l'éloge du roman naturaliste qui fouille avec délices dans les débordements de la vie licencieuse et bestiale, et elle a flétri, avec une implacable conscience, ces libres malfaisants qui passent dans toutes les mains, ne s'appliquent qu'à retracer nos turpitudes et, de dégradation en dégradation, ne décrvent avec complaisance que les défaillances répugnatnes et les vices raffinés.

Ainsi donc, savante, artiste, philosophe, moraliste, Madame Maria Deraismes est tout cela, mais ce qu'elle regarde comme  ses plus beaux titres, ce sont les combats qu'elle a livrés pour le droit de l'enfant qu'elle voudrait arracher à toutes les marâtres, et sa croisade en faveur de la femme qu'elle voudrait mettre, à bon droit aussi haut que l'homme devant la loi, devant le monde et devant la vie

Victor Nadal

 

quatre textes de Maria Deraismes et autres textes féministes historiques

Eugénie Niboyet

Jeanne Derain première femme candidate aux élections de 1848 alors que les femmes n'avaient pas le droit de vote

la mémoire des femmes  - Pauline Roland p 204 et Jenny d'Héricourt p 235

Pauline Roland - poème dans Châtiment de Victor Hugo

l'émancipation des femmes sous le second empire

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 27/04/2009

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