25 février 1894
On joue à la Comédie-Française une pièce nouvelle de M. Pailleron. Voici de lui des vers charmants, à peu près inédits. Le récent succès de Cabotins ajoute à leur charme le piquant de l'actualité.
Dans la moire et le satin
L'enfant vient de naître;
Il est couché ce matin,
Le cher petit être.
Chacun accourt et, tremblant,
Sur le lit se penche
Pour voir dans son écrin blanc
Cette perle blanche.
Chacun soulève à demi
Les fines dentelles
Pour voir cet ange endormi
Qui n'a plus ses ailes;
Pour voir ses nids à baisers,
Sa main délicate
Et ses petits pieds rosés
Aux ongles d'agate.
Blanc comme une hostie et pur
Comme une prière,
On voit encor de l'azur
Luire en sa paupière.
Son oeil est vierge du jour :
Son coeur, de souffrance.
Hier pour lui c'est l'amour;
Demain, l'espérance.
Il est, comme sont les fleurs,
Parfum et mystère;
A peine si par ses pleurs
Il tient à la terre !
Que faut-il pour l'apaiser ?
Un mot, s'il soupire:
S'il se réveille, un baiser;
S'il dort, un sourire.
Il dit déjà - savez-vous ? -
Mille et mille choses.
Rien qu'avec le souffle doux
De ses lèvres roses.
C'est un langage charmant,
Fait de mots étranges,
Que comprennent seulement
Sa mère et les anges
Bonjour, petit nous si cher,
Rayon de ma flamme !
O baiser qui s'est fait chair !
Bonjour, petit âme;
L'espoir t'appelle avenir,
C'est un gai baptême;
Mais ton nom est souvenir,
C'est pourquoi je t'aime
Ah ! cher tyran, quel qu'il soit,
Le nom qui te nomme,
Déjà l'on souffre pour toi...
Tu seras un homme.
Qu'importe ton nom, doux vainquer
Va, fais ton office...
La gourmandise du coeur,
C'est le sacrifice !
Edouard Pailleron
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