
La plus ancienne description de lavage est extraite du chant VI de l'Odyssée d'Homère. En voici un court extrait : Nausicaa et ses esclaves apportent le linge du palais sur le fleuve.
Les uns font sortir de la cour le chariot aux belles roues; les autres conduisent les mules hors du palais et les attellent au chariot. La jeune fille apporte ses riches vêtements et les dépose sur l'élégant chariot. [...] La jeune fille monte sur le char et la reine lui donne une huile ondoyante contenue dans une fiole d'or pour qu'après le bain elle puisse se parfumer avec les femmes qui l'accompagnent. Nausicaa saisit alors le fouet et les rênes brillantes; elle frappe les mules pour les exciter à courir, et l'on entend aussitôt le bruit de leurs pas. Les mules s'avancent rapidement en emportant les riches vêtements de la jeune princesse suivie des femmes qui la servent.
Bientôt elles arrivent vers le limpide courant du fleuve; là, dans des bassins intarissables, coule avec abondance une eau pure qui enlève rapidement toutes les souillures. Les suivantes de Nausicaa détellent les mules et les dirigent vers les rivages du fleuve pour qu'elles broutent les doux pâturages; puis les femmes sortent du char les somptueux vêtements de la jeunes fille, les plongent dans l'onde, et les foulent dans les bassins en luttant de vitesse les unes avec les autres. Lorsqu'elles ont ôté toutes les souillures qui couvraient ces riches étoffes, elles étendent les vêtements sur la plage en un lieu où la mer avait blanchi les cailloux; elles se baignent ensuite, se parfument d'une huile onctueuse et prennent leur repas sur les rives du fleuve en attendant que les rayons du soleil aient séché les superbes parures de la belle Nausicaa. [...]
Mais, lorsque les suivantes se disposent à retourner au palais et qu'elles ont attelé les mules et plié les vêtements magnifiques...[...]
elles aperçoivent le pauvre Ulysse habillé seulement d'une branche chargée de feuilles
Longtemps, le lavage du linge consiste essentiellement à fouler avec vigueur les tissus dans l'eau et les étaler au soleil.
Si le savon est connu dans l'antiquité - le Trona au temps de Moïse et le natron en Egypte ainsi que la saponaire et autres plantes ayant d'identiques propriétés- ce sont les romains qui s'en servent les premiers pour l'entretien du linge comme ils utilisaient l'urine humaine fermentée pour blanchir le linge et dessuinter la laine sans la faire rétrécir.
"Il était une fois, bien avant l'ère chrétienne, un petit village romain dans lequel les habitants se vouaient aux sacrifices rituels d'animaux au sommet d'un mont nommé Sapo. De ce rituel sacré se répandaient des graisses animales et des cendres de bois qui les jours de pluie s'écoulaient, ruisselaient.. D'année en année, ces résidus ont formé des sentiers qui allaient se jeter dans les eaux du Tibre, rivière située au pied du mont Sapo. A ces eaux, miraculeusement moussantes et savonneuses, ont été associées des vertus nettoyantes. C'est donc tou à fait par hasard, au fil de leur tradition, que ces habitants ont lancé les premiers blabutiements de l'une des plus vieilles réactions chimiques du monde, la saponification" Suzanne Chénard
Du moyen-âge au 19ème siècle, l'hygiène du corps connait de grandes périodes d'oublis et il faut attendre le 17ème siècle pour que la consommation de savon augmente. La lessive consiste donc en l'usage de cendres.
La cendre
le choix du bois aurait une certaine importance : la fougère et le pommier ayant bonne réputation au contraire du chêne dont le tanin risque de colorer la lessive.
l'essentiel serait la teneur en potasse des différentes essences ainsi que la chaleur de l'eau : "Il faut se garder de la fiare chauffer jusqu'au point de la fiare bouillir; car la trop grande chaleur, loin de détacher la crasse et les matières grasses (...] gâte le linge" Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
pour les fondus d'expérimentations, un site sur le lavage à la cendre
La soude
Quand les cendres du foyer sont insuffisantes et surtout inutilisables pour les lessives : cendres de tourbes, charbon ou bois flottés, on utilise la soude qui altère moins le linge que la potasse (obtenue par la combustion des végétaux)
A partir du moyen-âge, la France commence à fabriquer de la soude naturelle en récoltant en Bretagne du varech, sur la Méditérranée de la salicorne et salsola.
Après séchage, et brûlage, les cendres sont rincées à l'eau, filtrées. On obtient la soude après évaporation. Mais les besoins sont bien supérieurs à la production. Dés 1784 un médecin Nicolas Leblanc cherche à extraire de la soude à partir du sel marin. Dépossédé de ses secrets de fabrication, la France produit au début du 19ème siècle rien que dans la région parisienne 22 tonnes/jour de soude artificielle.

En faisant bouillir de la soude maritime avec des sarments dans un sachet de toile, on obtient une eau de lessive.
le lavoir
Ce n'est qu'au 18ème siècle qu'apparaissent les premiers lavoirs apportant un confort rudimentaire mais déjà appréciable par temps maussade. Mais ce n'est qu'au milieu du 19ème, à la suite d'épidémies de choléra que le gouvernement dans un grand mouvement hygiéniste vote le 3 décembre 1851 un décret allouant des aides aux communes pour la création de bains et de lavoirs pour les classes laborieuses. Les lois Ferry de 1881 et les découvertes de Pasteur diffusées par les maitres d'école va contribuer l'amélioration de l'hygiène. Avant 1880 on ne changeait de vêtements qu'une fois par semaine.

Lecture
Un grand hangar, monté sur piliers de fonte, à plafond plat, dont les poutres sont apparentes. Fenêtres larges et claires. En entrant, à gauche, où se tient la dame; petit cabinet vitré, avec tablette encombrée de registres et de papiers. Derrière les vitres, pains de savon, battoirs, brosses, bleu, etc. A gauche est le cuvier pour la lessive, un vaste chaudron de cuivre à ras de terre, avec un couvercle qui descend, grâce à une mécanique. A côté est l'essoreuse, des cylindres dans lesquels on met un paquet de linge, qui y sont pressés fortement, par une machine à vapeur; son volant; on voit le pied rond et énorme de la cheminée, dans le coin. Enfin, un escalier conduit au séchoir, au-dessus du lavoir, une vaste salle fermée sur les deux côtés par des persiennes à petites lames; on étend le linge sur des fils de laiton. A l'autre bout du lavoir, sont d'immenses réservoirs de zinc, ronds. Eau froide. Le lavoir contient cent huit places. Voici maintenant de quoi se compose une place. On a, d'un côté, une boîte placée debout, dans laquelle la laveuse se met debout pour garantir un peu ses jupes. Devant elle, elle a une planche, qu'on appelle la batterie et sur laquelle elle bat le linge; elle a à côté d'elle un baquet sur pied dans lequel elle met l'eau chaude, ou l'eau de lessive. Puis derrière, de l'autre côté, la laveuse a un grand baquet fixé au xol, au-dessus duquel est un robinet d'eau froide, un robinet libre; sur le baquet, passe une planche étroite où l'on jette le linge; au-dessus, il y a deux barres, pour pendre le linge et l'égoutter. Cet appareil est établi pour rincer. La laveuse a encore un petit baquet sur pied pour passer au bleu, deux tréteaux pour placer le linge, et un seau dans lequel elle va chercherl'eau chaude et l'eau de lessive. On a tout cela pour huit sous par jour. La ménagère paie un sou l'heure. L'eau de Javel coûte deux sous le litre. Cette eau, vendue en grande quantité est dans des jarres. Eau chaude et eau de lessive, un sou le seau. On emploie encore du bicarbonate - de la potasse pour couler. Le chlore est défendu
Emile Zola, Carnets d'enquêtes - La Goutte d'Or - 1875
Le lavoir moderne fonctionne jusqu'en 1953, il est aujourdh'ui devenu une salle de théâtre.
Sur le boulevard, Gervaise tourna à gauche et suivit la rue Neuve-de-la-Goutte-d'Or. En passant devant la boutique de Mme Fauconnier, elle salua d'un petit signe de tête. Le lavoir était situé vers le milieu de la rue, à l'endroit où le pavé commençait à monter. Au-dessus d'un bâtiment plat, trois énormes réservoirs d'eau, des cylindres de zinc fortement boulonnés, montraient leurs rondeurs grises; tandis que, derrière, s'élevait le séchoir, un deuxième étage très haut, clos de tous les côtés par des persiennes à lames minces, au travers desquelles passait le grand air, et qui laissaient voir des pièces de linge séchant sur des fils de laiton. Adroite des réservoirs, le tuyau étroit de la machine à vapeur souflait, d'une haleine rude et régulière, des jets de fumée blanche. Gervaise, sans retrousser ses jupes, en femme habituée aux flques, s'engagea sous la porte, encombrée de jarres d'eau de Javel. Elle connaissait déjà la maîtresse du lavoir, une petite femme délicate, aux yeux malades, assise dans un cabinet vitré, avec des registres devant elle, des pains de savon sur des étagères, des boules de bleu dans des bocaux, des livres de bicarbonate de soude en paquets. Et, en passant, elle lui réclama son battoir et sa brosse, qu'elle lui avait donnés à garder, lors de son dernier savonnage. Puis, après avoir pris son numéro, elle entra. C'était un immense hangar, à plafond plat, à poutres apparentes, monté sur des piliers de fonte, fermé par de larges fenêtres claires. Un plein jour blafard passait librement dans la buée chaude suspendue comme un brouillard laiteux. Des fumées montaient de certains coins, s'étalant, noyant les fonds d'un voile bleuâtre. Il pleuvait une humidité lourde, chargée d'une odeur savonneuse, une odeur fade, moite, continu; et, par moments, des souffles plus forts d'eau de Javel dominaient. Le long des batteries, aux deux côtés de l'allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu'aux épaules, le cou nu, les jupes raccourcies montrant des bas de couleur et de gros souliers lacés. Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient pour crier un mot dans le vacarme, se penchaient au fond de leurs baquets, ordurières, brutales, dégingandées, trempées comme par une averse, les chairs rougies et fumantes. Autour d'elles, sous elles, coulait un grand ruissellemnt, les seaux d'eau chaude promenés et( vidés d'un trait, les robinets d'au froide ouverts, pissant de haut, les éclaboussements des battoirs, les égouttures des linges rincés, les mares où elles pataugeaient s'en allant par peitis ruisseaux sur les dalles en pente. Et, au milileu des cris, des coups cadencés, du bruit murmurant de pluie, de cette clameur d'orage s'étouffant sous le plafond mouillé, la machine à vapeur. Adroite, toute blanche d'une rosée fine, haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l'énormité du tapage.
Emile Zola - l'Assommoir, chapitre 1 - 1877
Film : extrait de l'Assommoir : la scène du lavoir ( 1956)
"Au pays c'était la fête les jours de lessive. Une fois le coulage fait, quand on avait ouvert les fenêtres, chassé la buée, éteint le feu, la gaîté renaissait des centres.
On partait alors pour la rivière, et sur l'herbe verte on étendait le linge blanc; on venait de temps en temps jeter des gouttes d'eau comme des perles et le soleil éclairait cette neige dont les flocons s'agitaient au vent.
Toute la famille était là : grands-parents, petites cousines. On riait et l'on se battait; vers midi, on s'asseyait en rond autour d'un gigot froid ou d'une daube, et l'on mangeait avec un appétit du ciel. On laissait l'eau dans la rivière, et l'on buvait, pour cette fois-là, du vin pur. [...]
Le soir on rentrait bien heureux, bien las; le linge était blanc, on en avait pour une année. Et la vieille servante, de ses mains honnêtes et pleines d'écailles, empilait le tout dans l'armoire qui grinçait doucement et sentait bon."
Jule Vallès - La Rue
La buanderie

L'arrivée d'eau dans les maisons se généralise vers 1950 dans les villes puis lentement dans les campagnes. On fait la lessive dans la buanderie où l'on ne craint pas de répandre de l'eau quand on transporte l'eau claire qu'on apporte à bouillir, puis l'eau sale qu'on vide du baquet sans compter le linge qui goutte. on fait bouillir la lessive dans la lessiveuse sur un poêle à bois ou à charbon à moins qu'il ne s'agisse encore que d'un feu de bois dans le creux du sol en terre battue.
l'eau de Javel
C'est en observant les lavandières faisant blanchir leur linge au soleil que le chimiste Berthollet reproduit artificiellement l'action de l'oxygène en découvrant les propriétés blanchissantes de l'hypochlorite. Nous sommes à la fin du 18ème siècle, l'eau de Javel est née.


C'est un siècle plus tard que l'on découvre les qualités désinfectantes de l'eau de Javel. en 1868 commence la fabrication industrielle de l'eau de Javel Lacroix.

Mais aujourd'hui l'eau de Javel est montrée du doigt. Tandis que les français en sont grand consommateurs, les écologistes tentent de nous dissuader d'un usage trop intensif. L'eau de Javel dégage pour l'ensemble des français une odeur de propre inconnue de nos voisins européens. Doit-on changer nos habitudes et comment ? RDV à la troisième partie.

La lessiveuse à champignon galvanisée


Commercialisée à partir de 1870 elle atteint les campagnes vers 1900 et on peut encore en acheter ! En tôle galvanisée c'est un récipient muni d'un double fond percé de trous et sur lequel est soudé un tube terminé par un champignon. La lessiveuse permet de faire sa lessive chaque semaine sans la mélanger à celle des autres. C'est l'époque des découvertes de Pasteur et de Koch et à cette époque faire bouilllir est synonyme de désinfecter.
On laisse d'abord tremper son linge dans l'eau froide.
On dispose le savon et les cristaus en proportion égale au fond de la lessiveuse - pour les plus anciens ils conservent l'usage de la cendre et les avant-gardistes la lessive du commerce. Puis sur le double fond on place le gros linge puis le plus fin et le moins sale comme dans le cuvier. On verse de l'eau et on ferme hermétiquement.
Quand l'eau bout et donc augmente de volume, la lessive s'élève par le tube et se répand par le champignon sur le linge. Au bout de deux ou trois heures, le linge est sorti grâce à de grosses pinces en bois ( comme celles des cornichons mais vraiment en plus longues), lavé au baquet puis rincé dans de l'eau où on a fait dissoudre éventuellement du bleu pour qu'il paraisse plus blanc ( ou moins gris !)

une branche d'indigo

les détergents synthétiques
Le premier détergent synthétique apparaît en Allemagne à la suite d'une pénurie de gras servant à la fabrication du savon déclenchée par la 1ère guerre mondiale.
Aux U.S.A, les détergents se répandent dans les années 1930 mais surtout après la seconde guerre mondiale
les premières réclames de lessive
la lingerie

la machine à laver

Dans les campagnes à la fin du 18ème siècle, en observant les femmes battre le linge, les tonneliers font le rapprochement avec le mouvement des barattes à battre le lait. Les femmes sont méfiantes face aux premières tentatives car elles craignent l'usure et la déchirure et doute d'obtenir une blancheur du linge satisfaisante. Ainsi Carl Miele s'associe avec Reinhard Zinkann: ensemble ils fabriquent d'abord des barattes à beurre puis en 1902 des machines à laver pourtant en France en 1908 les Manufactures de St Etienne ne propose encore que des planches à laver, des baquets et des lessiveuses.
En fait il faut attendre l'après guerre de 1945 pour voir l'entrée les machines dans les familles; des machines à deux bacs, des machines associées à une essoreuse à deux cylindres. Tout cela demande encore beaucoup de manipulations et les hommes regardent avec appréhension les pannes, notamment les changements de courroix, la lessive ne devient plus tout à fait le domaine exclusif des femmes.
Un site des plus complets sur la machine à laver - un incontournable
le musée de la lessive - Spa en Belgique
site pour finir cette seconde partie en chanson
lundi 23 mars 2009
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